One Health en régions : les vétérinaires, fer de lance de la collaboration interprofessionnelle

Les vétérinaires occupent une position centrale au carrefour des trois santés (animale, humaine et environnementale).

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Michel JEANNEY

Exercice

Face à la relative inertie des professionnels de santé humaine vis-à-vis de la démarche One Health, il revient aux vétérinaires de prendre l'initiative en allant à la rencontre de ces acteurs pour construire une approche territoriale. L'exemple de la région Centre-Val de Loire, présenté lors de la session One Health des Journées nationales des GTV à Dijon, en témoigne.

« Allez vers les professionnels de santé humaine » : telle était l'une des conclusions d'un atelier organisé lors des Journées de printemps du SNVEL1 en 2022 à Oniris, consacré à la concrétisation de l'approche One Health en régions. Cette recommandation a été mise en pratique avec un relatif succès en Centre-Val de Loire, sous l'impulsion des représentants de la profession vétérinaire.

Notre confrère Henri Touboul, référent One Health pour la SNGTV2 et le SNVEL, a partagé cette expérience lors des Journées nationales des GTV, à Dijon, aux côtés du Dr Aymeric Sève, praticien hospitalier en maladies infectieuses au CHU d'Orléans, dans le cadre de la session One Health du 21 mai.

« Les médecins nous snobent »

La tonalité générale de cette matinée a révélé un manque d'enthousiasme de la part des médecins en santé humaine, résumé par le leitmotiv : « Les médecins nous snobent ». Selon Henri Touboul, adopter une posture d'ouverture, créer des réseaux et monter des actions concrètes serait la clé pour mobiliser les professionnels des deux bords.

Les deux intervenants sont revenus sur les actions menées en région Centre-Val de Loire au cours des trois dernières années.

La première soirée One Health, organisée en 2023 à Blois, portait sur les conséquences des morsures, avec l'intervention d'une chirurgienne de la main. Financée par le SRVEL3, elle a réuni 60 participants : vétérinaires libéraux et de la DDPP4, auxiliaires vétérinaires, infirmières... mais aucun médecin libéral (hormis la présence de Sophie Bauer, présidente nationale du syndicat des médecins libéraux et son trésorier), ni de représentants de l'ARS5.

La deuxième réunion (en présentiel filmé), organisée en 2024, abordait les maladies vectorielles liées au changement climatique, avec des interventions du Dr Aymeric Sève, de notre confrère Stephan Zientara de l'Anses6 et de Laurence Malandrin de l'Inrae7 de Nantes. Le soutien logistique s'est élargi : SRVEL, URGTV8, ARS et Draaf9 ont apporté leur concours.
Le contenu, jugé « très intéressant » par le
Dr Sève, a donné lieu à des échanges enrichissants... mais toujours sans participation significative des médecins libéraux.

Le 3e colloque (aussi en présentiel filmé), organisé à Tours, en mai 2025, sur l'antibiorésistance en santé humaine, animale et environnementale, a connu une meilleure mobilisation avec 80 participants. Porté par l'URGTV, le SRVEL et le Centre régional en antibiothérapie, il a bénéficié du partenariat des CHU de Tours et d'Orléans, de l'Inrae, de l'Anses et de l'Inserm10. Médecins hospitaliers et vétérinaires y ont assisté.

Enfin, le 4e colloque, organisé sur une journée complète au CHU d'Orléans en octobre 2025, avait pour thème : « Quel regard sur la tuberculose en 2025 ? ». Sur 55 auditeurs, quelques vétérinaires étaient présents mais aucun médecin libéral, ni de représentants des éleveurs.

Face à la difficulté de mobiliser sur une journée, le prochain événement devait être prévu en soirée, le 2 juin, et porter sur la leptospirose.

Des complémentarités évidentes dans certains domaines

Lors de la séance One health aux Journées nationales des GTV, le Dr Aymeric Sève a illustré la complémentarité médecin-vétérinaire par des exemples concrets, comme le signalement de cas symptomatiques équins de fièvre West Nile dans la région d'Orléans, susceptible d'intéresser les médecins locaux. L'intérêt de connaître les foyers animaux de fièvre Q apparaît également comme une évidence.

Les acteurs de la région souhaitent aller plus loin, avec des projets de recherche pluridisciplinaires et la création d'un consortium territorial One Health.

Cependant, les limites de la collaboration interprofessionnelle en matière d'Une seule santé persistent, notamment avec les médecins non infectiologues et, plus encore, avec les experts en environnement.

Les vétérinaires, acteurs clés de l'approche territoriale

Il ressort de cette séance que les vétérinaires occupent une position centrale au carrefour des trois santés (animale, humaine et environnementale). Il leur revient donc d'initier le dialogue avec les différents acteurs pour construire une approche territoriale. Attendre des initiatives nationales, dont les retombées locales resteraient incertaines, ne semble pas être la voie à privilégier.

Par ailleurs, les vétérinaires peuvent renforcer leur action en faveur de la démarche One Health en suivant des formations, comme celles proposées par la SNGTV ou par d'autres organismes comme le cycle CHEUSS (Cycle des hautes études Une seule santé) de l'Institut One Health, qu'Henri Touboul a lui-même intégré.

1 SNVEL : Syndicat national des vétérinaires d'exercice libéral.

2 SNGTV : Société nationale des groupements techniques vétérinaires.

3 SRVEL : Syndicat régional des vétérinaires d'exercice libéral.

4 DDPP : Direction départementale de la protection des populations.

5 ARS : Agence régionale de santé.

6 Anses : Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail.

7 Inrae : Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement.

8 URGTV : Union régionale des groupements techniques vétérinaires.

9 Draaf : Direction régionale de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt.

10 Inserm : Institut national de la santé et de la recherche médicale.

Article paru dans La Dépêche Vétérinaire n° 1806

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